13-Décembre : Le rituel des Femmes en noir du Faso continue

13-Décembre : Le rituel des Femmes en noir du Faso continue

mercredi 10 décembre 2008.
 
En août 2006, à la suite du non-lieu sur l’affaire Norbert Zongo, naissait le mouvement « Femmes en noir du Faso ». Chaque premier dimanche du mois, celles-ci, vêtues de noir (d’où leur dénomination), se réunissent au cimetière de Gounghin, où reposent le journaliste et ses compagnons, pour prier et lire un message particulier. Elles réclament justice et refusent de baisser les bras devant la fatalité. Deux ans après, le rituel continue.

Dimanche 7 décembre 2008, il est 15 h moins le quart lorsque nous arrivons au cimetière de Gounghin. Le soleil cuisant n’explique pourtant pas le fait que nous rechignons à avancer entre les tombes. Il est vrai que les lieux austères ne sont pas du tout accueillants. Le calme y règne, on n’en demanderait pas plus, de toute façon. Au fond du cimetière, de jeunes ayant sans doute perdu un proche lui creusent à coup de pioches et de pelles, et à tour de rôle, sa dernière demeure.

A l’endroit où sont enterrés Norbert Zongo et ses compagnons, un petit groupe composé de quatre femmes et de deux hommes (des confrères), patiente à l’ombre d’un arbre. Parmi les femmes, une, tout de noir vêtue, constate avec désolation que des vandales ont dérobé les carreaux de certaines tombes aux alentours. Il s’agit de Georgette Zongo, la sœur du journaliste assassiné le 13 décembre 1998.

Elle remarque également que l’eau de pluie a détérioré la photo de l’épitaphe sur la tombe de Norbert Zongo. « Il paraît que nous aurions dû mettre de la colle au niveau des jointures. Il va falloir que j’assiste personnellement les travaux de réfection », commente-t-elle. Entre-temps, deux femmes ont rejoint le groupe. 15 h 05, la prière débute, dédiée à la Vierge Marie. Elles prient pour que justice soit rendue afin que les âmes des disparus reposent en paix.

Pendant qu’elles récitent une dizaine de chapelets, quatre autres femmes, dont Marlène Zébango, de l’UNDD, se joignent à elles. Au total, dix dames donc assistent à la lecture du message (voir encadré) du jour par la trésorière de « Femmes en noir du Faso », Noélie Yaogo. La petite cérémonie prend fin à 15 h 30. Débutent alors des papotages de part et d’autre. Cela dit, pour des femmes en noir, deux d’entre elles seulement sont effectivement vêtues de noir des pieds à la tête. Marlène Zébango, elle, arbore un tee-shirt des « Femmes en noir du Faso ». Elle dit suivre le mouvement depuis que celui-ci a lieu chaque dimanche, tout en sensibilisant autour d’elle, les femmes qui sont intéressées à venir se recueillir aussi sur les tombes à la recherche de la justice.

Mais pourquoi une telle discrétion de sa part ? « Parce que je suis engagée politiquement et je ne voudrais pas que les mauvaises langues entachent mon adhésion au mouvement, en la taxant de récupération politique. J’essaie donc de motiver celles qui manquent de courage à y adhérer d’abord pour l’idée en justice, pour que demain plus jamais on ne commette impunément un crime au Burkina Faso ».

Au dire des « Femmes en noir du Burkina Faso », elles reçoivent périodiquement des soutiens moraux avec notamment ceux de la commission Justice et paix de l’Eglise catholique du Burkina et d’hommes politiques tels que Ram Ouédraogo. Quelques dons en espèces sont également faits par des individus anonymes de passage. Pourtant, foi de la trésorière Noëlie Yaogo, le fonds de roulement du mouvement n’excède pas 60 000 FCFA.

A l’issue de la prière, tandis que les autres rejoignent leur domicile, Georgette Zongo et Noélie Yaogo, accompagnées de la parlementaire et des trois autres femmes, se rendent chez la présidente des « Femmes en noir du Faso », Martine Zongo. Celle-ci, endeuillée par la disparition récente de son époux, ne prend pas part aux différentes activités du mouvement. La face sombre des Femmes en noir

C’est donc en août 2006, sous l’initiative de Martine Zongo, que naissait le mouvement des « Femmes en noir du Faso ». Avec comme principale arme, la prière et le recueillement, elles entendent lutter pour la justice et la vérité non seulement dans l’affaire Norbert Zongo, mais aussi dans tous les crimes impunis au Burkina Faso. Pourtant, le mouvement ne fait plus recette en termes d’adhésion.

De 50 à 60 femmes au départ à se retrouver au cimetière de Gounghin, chaque dimanche, seuls les 5 membres du bureau assistent régulièrement au rituel, qui est passé maintenant à chaque premier dimanche du mois. Ce sont Nathalie Bonkoungou, Fatimata Ilboudo, Noélie Yaogo, Georgette Zongo et Martine Zongo. Mais qu’est-ce qui peut bien expliquer la rétractation de braves dames qui aux premières heures du mouvement étaient éprises de justice pour Norbert Zongo et ses compagnons ? Les raisons sont nombreuses.

Celles qui en adhérant s’attendaient à une quelconque rente pécuniaire ou de formation d’un parti politique ont vite déchanté. Le mouvement manque de moyens, d’où l’idée de la confection de tee-shirts mis en vente au prix de 1 000 francs CFA au Centre de presse Norbert-Zongo.

Les contraintes religieuses viennent au premier rang des intimidations que subissent les adhérentes au mouvement. « Les femmes musulmanes qui venaient avec nous s’en sont vu interdites par leurs maris au motif que la religion interdisait aux femmes d’aller dans un cimetière. Une cousine de Blaise Ilboudo (un des compagnons d’infortune de Norbert Zongo), elle, protestante, a dû y renoncer, car son pasteur la menaçait d’exclusion de son église », nous explique Georgette Zongo, la sœur de Norbert Zongo.

Les menaces et autres intimidations des « Femmes en noir du Faso » sont légion, avec les appels téphoniques de mise en garde et les remarques désobligeantes de personnes anonymes ou de proches. Malgré tout, elles tiennent bon. « Tôt ou tard la justice surgira ! », soutiennent-elles, toutes. En attendant, le malaise que cause leur défilé au cimetière est un pas en avant pour les femmes, et la preuve qu’elles troublent le sommeil de ceux qui ont justement quelque chose à se reprocher. « La jeunesse prendra notre relève. Et qui sait ? Nous aurons peut-être des hommes en blanc ou des jeunes en jaune », ajoute Noélie Yaogo.

Pour ce 10e anniversaire de l’assassinat, celles-ci s’insurgent contre la froideur et le manque de réaction de la part des principaux accusés. Aussi saluent-elles l’initiative de la pétition, qui, à les entendre, va contribuer à susciter l’éveil des consciences. « Tout se paie sur terre. Il faut que la justice éclate, sinon on aura un Rwanda ici quand les enfants des victimes vont se réunir pour venger leur parents » argue la sœur du journaliste assassiné.

Selon elle, leur mère continue de prier pour la justice et la vérité sur la disparition de son fils. « Le pouvoir de bon Dieu est plus fort que tout autre pouvoir », conclut-elle. En ce qui concerne les activités de commémoration de ce 10e anniversaire, les femmes du mouvement du côté de Koudougou prévoient une veillée en famille le 12 décembre suivie de messes les 13 et 16 décembre. A Ouagadougou, du fait de l’insécurité, les « Femmes en noir du Faso » se contenteront d’une brève veillée de prière de (18 h à 19 h) le 12. Le jour J, elles se conformeront au programme du Collectif.

Alima Koanda & Hyacinthe Sanou (stagiaires)


Message du 08 décembre 2008

En ce dernier premier dimanche de l’année 2008, 10e anniversaire de la mort Norbert, nous, « les femmes en noir » qui refusons la fatalité comme bon nombre d’habitants du pays réel sommes là cet après-midi pour réitérer notre NON à ta seconde mort. Si le non-lieu prononcé en juillet 2007 est accepté, Norbert, Ernest, Blaise, Ablassé, on vous aura tué et brûlé une deuxième fois alors que, tout comme la VIE, on ne meurt qu’une et une seule fois dans ce bas monde.

Norbert, depuis le mois d’octobre, le Centre de Presse Norbert-Zongo a lancé une pétition pour la réouverture de votre dossier et ainsi dire non au non-lieu qui a été prononcé. Cette pétition sera remise à Monsieur Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso.

Cette pétition est destinée à toute personne attachée au respect de la vie humaine et soucieuse de voir la justice rendue dans ce dossier. Diffusez l’information auprès de vous et encouragez le maximum de personnes à signer. La justice est ce que Dieu a promis au monde par le prophète Isaïe. Un monde de justice où il fait bon vivre, où le puissant et le faible cohabitent. Actuellement, avec certains faits de notre société, on pourrait se demander où se trouve ce monde.

Ou à quand ce monde ? Quand on pense que des hommes de bonne foi ont voulu instaurer cette paix au Burkina et ont eu un sort non désirable, quand on pense au sort qu’ont subi Norbert Zongo et ses compagnons, Thomas Sankara, Clément Ouédraogo et tant d’autres martyrs, quand on voit l’injustice dans ce pays, surtout l’impunité, on pleure en soi-même, mais on se réconforte en se disant que nous avons certes beaucoup à faire, mais rien n’est impossible, ce pourrait être difficile mais pas impossible.

Alors ne baissons pas les bras ! Il viendra un jour où tout cela finira. Un jour viendra où la justice sera dans notre monde ; il viendra un jour où le « loup » cohabitera avec l’ »agneau » : le puissant et le faible cohabiteront. Mais qu’il nous faut du temps pour cela ! Ce n’est pas bien grave, pourvu que tout arrive comme nous le voulons à cause de nos luttes pacifiques ! Quelle que soit la durée de la nuit, le soleil apparaîtra, nous restons confiantes. Prions maintenant.

Les femmes en noir qui refusent la fatalité

L’Observateur Paalga



16/12/2008
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