Tertius ZONGO, Premier ministre du Burkina sur RFI : « Ceux qui disent que le dossier a été classé ne sont pas de bonne foi. »

Tertius ZONGO, Premier ministre du Burkina sur RFI : « Ceux qui disent que le dossier a été classé ne sont pas de bonne foi. »

mardi 25 novembre 2008.
 
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Tertius Zongo

Le premier ministre Tertius ZONGO était l’invité de Christophe Boisbouvier de RFI ce 24 Novembre 2008. Nous retranscrivons pour vous en intégralité l’entretien que le chef du gouvernement Burkinabè a accordé à la radio mondiale.

Tertius ZONGO bonjour, Qu’est ce que vous redoutez le plus avec la crise ? Est-ce que c’est la baisse des investissements, ou bien c’est le repli protectionniste ?

T Z : Je crois qu’il faut redouter les deux parce que, obligatoirement, il y a un repli des investissements et au Burkina nous le sentons déjà dans le secteur minier ou on a déjà quelques décalages sur les ouvertures des mines.

Les grandes compagnies minières investissent moins ; c’est ça ?

T Z : Elles ont des décisions d’investissement qui traînent, puisque, vous le savez ce sont de gros investissements. Il y a des ouvertures de mines qui étaient programmées mais on sent que la mobilisation n’est pas ce que l’on attendait. Nous sommes un pays agricole et nous avons le coton qui est notre principal produit d’exportation ; et aujourd’hui si vous regardez, le cours du coton au niveau mondial est très mauvais un ; et deuxièmement, on n’a même pas d’acheteurs. Ceux qui avaient déjà placé des commandes, parce que les cours sont mauvais, ne font pas les embarquements parce que nous avons des contractions. Donc oui nous redoutons la baisse des investissements

Dans la crise il y a quand même une bonne nouvelle parce que le prix du baril du pétrole est tombé en dessous de 50 dollars ?

T Z : C’est une très bonne nouvelle mais je crois que sur ces questions, c’est la prudence qui est toujours recommandée parce que personne ne peut vous dire à combien sera le prix du baril du pétrole dans un mois. C’est une bonne nouvelle certes, mais pour les bonnes nouvelles sur lesquelles on ne peut pas faire des prévisions de long terme, il faut avoir une joie du moment, et il ne pas se laisser emporter par les joies du moment. Si vous regardez à la pompe au Burkina, nous avons baissé les prix, mais nous restons prudents.

Est-ce que le fait que le FCFA soit accroché à une monnaie très forte comme l’Euro n’est pas un handicap en ce moment ?

T Z : C’est sûr qu’il y a des handicaps, mais c’est sur qu’il y a aussi des avantages. Dans le domaine de la monnaie, il y a des critères pour apprécier la monnaie. Si elle est surévaluée ? Si l’économie réelle soutien la monnaie ? Et je dois dire que, jusqu’à présent il y a quand même une compétitivité du FCFA. Il n’est pas à un niveau de surévaluation. Mais, c’est vrai qu’à cause de son lien avec l’Euro, vous avez des intrants dont les prix augmentent parce que nous les achetons en Euro, or les produits agricoles que nous vendons sont cotés en dollars dont la contre valeur en CFA baisse. Je dois dire que, pour l’instant, techniquement, on a encore plus d’avantages que d’inconvénients. Mais ce n’est pas un sujet tabou, il faut qu’on y réfléchisse.

Sur le plan politique,à l’occasion de la visite du président du Faso à Paris, Mariam SANKARA, veuve du président Thomas SANKARA, a adressé une lettre ouverte pour avoir accès à la justice militaire du Burkina pour qu’on saches comment est mort SANKARA. Qu’est-ce que vous en pensez ?

T Z : Vous savez lorsqu’il y a des règles, elles s’appliquent à tout le monde. Et qu’elles sont les règles en matière de justice militaire ? Est ce qu’on peut dire, parce que quelqu’un a un problème particulier que l’on va laisser faire des entorses au principe général ? Où est l’égalité devant la loi ? Non je crois qu’il y a des voies et il faut d’abord faire confiance. Et même si on manque de confiance, même si on ouvre, que vous allez regarder ; après vous faites quoi ? Nous apprécions en tout cas tous les efforts qui ont été fait, et par la famille de Thomas SANKARA, et par son épouse (elle était au pays l’année dernière), mais nous croyons que nous devons chercher des solutions qui préservent aussi la solidité des institutions, et qui donnent de la crédibilité au Burkina Faso.

Vous parlez de la loi et je crois que selon la loi, c’est votre ministre de la Défense qui doit saisir les tribunaux militaires pour que l’enquête soit ouverte ; alors qu’est-ce-que peut faire votre ministre ?

T Z : Non, je crois que le ministre fait ce qu’il doit faire. Maintenant si quelqu’un voit quelque chose que le ministre n’a pas fait, il le signale ; je crois que c’est ça qui est important. Les gens ne cherchent pas à voir les dysfonctionnements et comment on peut les corriger. Les gens cherchent à savoir comment eux mêmes peuvent directement régler leurs problèmes.
Donc, s’il y avait des griefs qui sont faits sur la manière dont le ministre de la justice, par rapport au pouvoir que lui confère loi, et qu’il ne fait pas, je crois qu’il y a des gens qui sont là pour rétablir l’ordre lorsqu’il y a des dysfonctionnements.

Il y a juste dix ans qu’a été assassiné notre confrère, le journaliste Norbert ZONGO, le dossier a été classé, mais aujourd’hui une pétition circule à Ouagadougou en faveur de la réouverture de l’enquête. Qu’est-ce-que vous pouvez faire ?

T Z : Je crois que ceux qui disent que le dossier a été classé ne sont pas de bonne foi. On n’a jamais classé le dossier. Je crois que la décision de justice disait qu’au stade actuel des faits, des témoignages, rien ne permet d’aller plus loin. Mais, s’il y avait des gens qui venaient avec des faits nouveaux, qui justifient que la justice se remette en route, la justice se remettra en route. Donc je ne vois pas pourquoi tant d’excitation autour ! Si quelqu’un a des faits nouveaux, qu’il les amène ; mais ce n’est pas en écrivant dans les journaux ou en faisant des déclarations fracassantes qu’on dit qu’il y a des faits nouveaux. Les faits nouveaux, on les porte à la connaissance du juge !

La semaine dernière le Burkina Faso a été endeuillé par un très grave accident de la route, (68 morts) entre un car et un camion en collision à Boromo. Quelle mesure faut-il prendre ?

T Z : Je vais profiter de votre micro pour présenter nos condoléances aux familles éplorées et à la nation toute entière parce que c’est un drame national. C’est vrai, il y a eu quelques manquements et les enquêtes sont encours ; mais je pense qu’il y a eu des défaillances parce qu’aussi les transporteurs refusent quelques fois de se soumettre à la réglementation. Donc il y a quelque part comme une faiblesse de l’Administration devant certaines organisations, mais il faut que les organisations syndicales comprennent que, c’est le bien de tous qui est le plus important.

Est-ce qu’il ne faut pas mieux punir les infractions aux codes de la route ?

T Z : C’est ce que je suis en train de vous dire ; vous savez il faut toujours des approches consensuelles et dans nos pays c’est ça qui est important. Lorsque vous prenez un certain nombre de mesures, il faut en discuter avec les gens pour qu’ils en comprennent la portée.

Mais quelque fois, est ce qu’il ne faut pas aussi la peur du gendarme ?

T Z : La peur du gendarme sur des choses non expliquées, n’est pas toujours une peur qui est positive. Le Burkina est un pays de discipline donc la loi doit s’appliquer à tout le monde.

Retranscription Frédéric ILBOUDO (L’Opinion)



26/11/2008
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