AU NOM DE DIEU ET LES FETICHES DE DOUDOU…

En 1992, Blaise Compaoré nommais à la primature un technocrate en la personne de Issouf Ouédraogo. Le chef de l’Etat qui croyait naïvement à la technocratie s’avisa rapidement. Le technocrate Issouf, l’homme de la fameuse « synergie » s’avéra un piètre maçon au pied du mur. Issouf fut remercié. Le chef de l’Etat fut appel à un aristocrate né avec une cuillère d’argent à la bouche. Le président croyait que le développement du pays était une question de fils à papa. Or il ne s’agit pas d’être en odeur de sainteté avec les puissances économiques et financières pour tenir le gouvernail du bateau burkinabé. Erreur. Roch Marc Christian Kaboré, puisque c’est de lui qu’il s’agit s’avera être un enfant gâté et indiscipliné. Ayant l’avoir, le pouvoir, c’est-à-dire le fauteuil du père pouvait l’intéresser. Il fut chassé dans le désert. Fouillant dans son sac à idées, le chef de l’Etat sortit un intellectuel pragmatique en la personne de Kadré Désiré Ouédraogo. Ce n’était pas l’homme qu’il fallait non plus. Ce fut le tour du beau gosse en la personne de Paramanga Ernest Yonli. Lui, il eût plus de chance que les autres tout simplement parce que personne ne comprenait son langage d’intellectuel, disons d’énarque bardé de diplômes. Il faut dire qu’avec l’intellectuel Paramanga, le chef de l’Etat s’était un peu approché du type robot de Premier ministre dont son système a besoin. Un Premier ministre analphabète. Et avec la nomination de Tertus Zongo, on peut dire qu’enfin, le chef de l’Etat a fait le bon choix. Celui qui convient exactement à son système de gouvernance. Comment se comportaient les précédents Premiers ministres ?

Issouf le technocrate rabattait les oreilles des burkinabé avec des « synergies » des « algorithèmes », des « ajustements » et que sait-on encore. Ce langage n’était connu que des seuls initiés minoritaires dans le pays. Youssouf Ouédraogo était un intellectuel froid sans chaleur, exactement comme ses feuilles de calcul en économétrie. Or à l’époque, le pays était aux portes du PAS (Programme d’Ajustement Structurel). Le bas peuple avait besoin d’un Premier ministre chaud comme un plat fumant de beenga (haricot en mossi). Mais à l’époque, la mode voulait que les destinées de l’action gouvernementale soit chapeautées par des technocrates. Le Burkina s’inscrivait donc dans cette dynamique en nommant un technocrate comme Premier ministre Cela n’a rien donné. Après les technocrates, ce fut le tour des politicien-bourgeois-compradores. Au Burkina, à l’époque, dans les années 1990, c’est l’ex ODP/MT devenu CDP qui détenait la majorité et qui la détient toujours. Après donc les chauds moments des grèves, des marches et autres sit-in, ce parti a légitimement revendiqué la tête de l’exécutif. Si le parti est majoritaire, il doit avoir à la tête du gouvernement non un technocrate mais un politicien issu de ses rangs. Les gagnants doivent gérer et les opposants s’opposer. Le chef de l’Etat cédant aux murmures des ODP/MTistes remercia le technocrate Yousouf au profit du politicien Roch Marc Christian Kaboré. Ce que les analystes de l’ODP/MT n’avaient pas prévu, c’est qu’au Burkina, il n’y a pas de pouvoirs, mais un pouvoir détenu par le chef de l’Etat qui nomme tout à commencer par lui même. Ce sont les constitutionnalistes de la IVè république qui l’ont voulu ainsi : un pouvoir fort pour le chef de l’Etat et rien pour les autres, y compris le Premier ministre. Donc, en acceptant le poste de Premier ministre, Rock Marc Christian Kaboré n’était pas sensé ignorer cette donne constitutionnelle écrite. Seulement voilà. Les ODP/MTistes  s’étaient trompés sur un point : la nature du pouvoir, le vrai, détenu par le chef de l’Etat. C’est un pouvoir militariste et putschiste, avec un verni constitutionnel. Pour conquérir son trône, le chef de l’Etat Blaise Compaoré a payé le prix fort. C’est exactement ce que pensent ses frères d’arme qui, depuis le 15 octobre 1987 l’ont porté au pouvoir. Ceux qui ont donc accouru après ne pouvaient que boire tout simplement le lait et non « compter les vaux ». Roch avait-il compris la leçon à l’époque ?  Question. Apparemment il n’avait pas la tête de l’emploi. Il fut remercié. Le chef de l’Etat revient encore en arrière et fait de nouveau appel à un scientifique tout également froid en la personne de Kadré Désiré Ouédraogo. Tout comme Issouf, le langage de Kadré n’était compris que de quelques initiés. Ce n’était pas l’homme qu’il fallait. Tournant en rond, le chef de l’Etat fera appel à un pseudo intellectuel en la personne de Paramanga Ernest Yonli. Lui, il était hybride. Paramanga avait un côté intello et une face rue. Avec Paramanga, le chef de l’Etat était en voie d’achever le type de robot qu’il fallait comme Premier ministre. Et avec Tertus Zongo on peut dire que la conception est achevée, le but et les objectifs sont atteints.

Le système compaoré a son Premier ministre qu’il lui faut : un Premier ministre analphabète à 90% comme la population. Demandez à Tertus pourquoi le carburant augmente, il vous donnera une réponse qui sera comprise sur le marché d’oignons de son village de Doudou.

Dites lui qu’il y a la corruption dans le pays, et il vous démontrera a+b que toi aussi tu es responsable de cette corruption de par ton comportement, donc si tu veux que les choses changent, commence par balayer devant ta porte. Et les détournement de deniers publics : « donnez moi un cas et demain je frappe ». De quoi d’autre a besoin un peuple analphabète qu’un langage de rue. Imaginez Tertus Zongo et des syndicalistes face à des populations affamés. Malgré la pertinences des arguments des syndicalistes, et bien que le peuple affamé lui-même soit conscient de son état réel, il y a fort à parier qu’à la fin le peuple affamé applaudisse les mensonges du Premier ministre. Tout simplement parce que ce peuple se reconnaisse dans le langage apparemment franc et sans calcul de l’actuel Premier ministre. Franc et sans calcul. C’est la différence entre Tertus et ses prédécesseurs. Il parle comme le peuple veut l’entendre. La langue de bois est minimisée. Les calculs politiques aussi. Le Premier ministre a le style d’un analphabète politique qui n’a cure du qu’en dira-t-on. A le regarder parler, il semble que le Premier ministre Burkinabè n’a peur que d’un seul jugement : celui de Dieu. En effet, pour peu que l’on suive le Premier ministre sur le terrain, il n’y a aucun doute. Tertus est convaincu que sa nomination, quoique décision humaine, est d’essence divine, et par conséquent, s’il y a à craindre, c’est moins la sentence humaine que celle divine. Si demain Tertus est chassé, il retournera au temple rendre gloire à Dieu et pourquoi pas une offrande au puissant fétiche de Doudou son village afin que sa volonté soit faite. C’est un comportement. Mais un comportement devenu national. Que n’a-t-on pas fait dans ce pays contre ce régime ? En vain. Contre les nouveaux riches engendrés par le système en place, le bas peuple est resté impuissant. Contre la corruption, c’est la résignation. Contre le pillage des maigres ressources, le peuple n’a plus de voix. Contre l’impunité, le peuple, à force de marcher n’a plus de pieds. Contre les oligarchies en tout genre, contre, contre, le premier magistrat est resté de marbre. « Le pays avance », « je ferai du Burkina un pays émergent ». Sur toute la ligne, ce n’est que mépris et égarement. Le peuple en a assez. D’où la force grandissante de la foi, le dernier recours, celui de tout peuple défaitiste. De nos jours, les mosquées remplacent les fours à pain dans les villages. Kanazoé, le richissime en inaugure partout. Chaque jour, dans les bas quartiers de Ouaga, poussent des « Temples de l’espoir ». Les tabernacles ne désemplissent point. De nos jours, les sentiers du village sont parcourus par des 4C4 à la recherche et ou à la redécouverte de nos vieilles traditions ancestrales, certains diront des fétiches. A chacun sa voie, pourvu que cela n’arrive qu’à l’autre. On chante, on récite les sourates, on égorge les poulets. Afin que la volonté d’Allah, de Dieu, ou de Jéhovah soit faite. Imaginez alors un Premier ministre à la tête d’un gouvernement d’un tel pays qui, pour la première fois ose avancer publiquement-Cela l’a été lors de la première rencontre de Tertus avec la presse-qu’il doit sa nomination à la divine providence. Ajoutez cela au langage « terre à terre » de ce Premier ministre et vous mesurerez toute la charge émotionnelle que peuvent éprouver les Burkinabè vis-à-vis de ce dernier. Et il semble que c’est le cas aujourd’hui. Dans les bas quartiers en lutte contre la misère, les gueux applaudissent « le langage de vérité » du Premier ministre »on est d’accord avec lui ». Mais très vite, on se ressaisisse, songeur : « pourvu qu’on le laisse faire ». Et oui, la réalité est là. Triste, mais présente. Dieu, Allah, Jéhovah, est certes le « Tout Puissant », mais Allah ou Jéhovah est loin là bas. Celui qui est proche, celui qui peut « laisser faire Tertus » pour faire progresser les choses s’appelle Blaise Compaoré… « chef de l’Etat, Président du Conseil des Ministres » ; »Chef Suprême des Armées », « Garant de l’indépendance de la justice ». C’est lui le « président de tous les Burkinabè » élu démocratiquement sur la base d’un programme promettant l’espérance aux Burkinabé. Blaise Compaoré laissera-t-il faire ? Wait and see.

 

Prométhée

La Voix du Sahel  



25/03/2008
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