Comprendre les grands enjeux nationaux et mondiaux actuels

Comprendre les grands enjeux nationaux et mondiaux actuels

lundi 19 mai 2008.
 
Depuis un certain temps, ça bouge du côté du front politique, économique et social. L’impression de stabilité et de sérénité qui caractérisait la situation nationale s’est brusquement transformée en une atmosphère de tension, de récrimination et de revendications, attisée par les sectateurs de la dramatisation stratégique et du jusqu’au boutisme.

Les prophètes de l’apocalypse, du coup, voient leurs prédictions prendre forme, et les portes de l’enfer commencent à grincer sur leurs gonds, prêtes à nous engloutir. C’est que depuis un certain temps, les données économiques et financières et les repères sociologiques habituels ont changé. La crise économique internationale et la logique de l’économie mondialisée imposent leurs lois implacables, à tous. Les acteurs que nous sommes cependant, ne semblent pas prêts à opérer leur mutation pour s’adapter au nouveau contexte socio-économique qui se présente.

Les centrales syndicales et les syndicats autonomes de notre pays, une fois de plus, ont appelé les travailleurs des secteurs publics et privés à une grève de 72 heures du 13 au 15 mai dernier, après celle de 48 heures observée les 8 et 9 avril 2008. Il est même envisagé dans les jours à venir, d’autres étapes dans la lutte, telles que des journées villes mortes. La journée du 14 mai a été marquée par une marche meeting accompagnée d’un concert de bruits de casseroles et de marmites vides pour, dit-on, « réveiller le gouvernement et lui signifier que la population a faim ».

Nombreux sont ceux qui croient en effet que les autorités ne s’occupent pas suffisamment des problèmes de la vie chère ou ne sont pas à la hauteur de la situation. Le philosophe chinois Confucius nous enseigne cependant que « celui qui ne craint pas de promettre de grandes choses a de la peine à les exécuter ». Le gouvernement semble obéir à cette logique, et à celle des canards, tant il est vrai que, face à la conjoncture économique instable caractérisée par une inflation sans précédent, faire recours systématiquement et sans discernement à la planche à billets peut créer une situation incontrôlable, préjudiciable à l’économie nationale dans son ensemble. S’il en avait la possibilité, le pouvoir sans doute ferait le geste qui grandirait sa popularité.

Dans le cadre des critères de convergence de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), les estimations, rappelle-ton, situent le ratio masse salariale sur recettes fiscales dans notre pays, supérieur à la norme communautaire qui est de 35% maximum. Des huit pays membres de l’UEMOA, seuls le Bénin (32,7), le Mali (25,2), le Niger (27,4), le Sénégal (30,7) et le Togo (30,2) respectent ce critère. Le taux de pression fiscale dans notre pays est cependant des plus faibles, car elle est de 12,6% au Burkina Faso, contre 19,1% au Sénégal, 16,8% au Bénin, 16,5% au Togo, 15,3% en Côte-d’Ivoire, et 14,9% au Mali. Ces statistiques de 2007 de l’UEMOA sont contenues dans le dernier numéro du bimensuel ouest africain « Construire l’Afrique ». C’est dire que la vie chère n’est pas le propre du Burkina seul. Ailleurs c’est peut-être pire, mais on se débrouille autrement ; il est reconnu en effet que les fonctionnaires burkinabè dans leur majorité vivent uniquement de leur salaire.

La chute de la production cotonnière de 33,2%, ainsi que la baisse du prix aux producteurs, conjuguée à la hausse vertigineuse des cours du brut, ont sérieusement réduit les capacités financières de l’Etat burkinabè. La seule marge de manœuvre consiste à maintenir la fiscalité sur les produits de première nécessité en l’état, augmenter celle des autres produits pour espérer accroître les recettes fiscales publiques, avant de pouvoir envisager une augmentation des salaires en conformité avec les critères de convergence communautaire.

Selon toute vraisemblance, une hausse des salaires au taux de 25% pour compter de janvier 2001 telle que réclamée par les syndicalistes paraît improbable. La dernière revalorisation des salaires au taux de 5% date du mois d’avril 2007 dans notre pays. Si augmentation il doit y avoir, elle serait encore dans cette proportion, à entendre certaines sources, pour montrer la bonne volonté du gouvernement à l’égard du monde salarié. Au Mali, le même taux a été consenti en janvier dernier aux travailleurs. Le revers de la médaille cependant est que toute hausse des salaires amènera les commerçants à pratiquer une hausse des prix qui aura pour effet de relancer l’inflation et d’annihiler la revalorisation salariale au grand dam des salariés et surtout de la grande masse des non salariés, à savoir les paysans et les acteurs du secteur informel qui ont droit eux aussi à la solidarité nationale.

Le concert des ustensiles de cuisine du 14 mai dernier, au-delà de son aspect burlesque, a quelque chose de dramatique. Sonnés par la hausse sans précédent des coûts des produits de première nécessité et par l’amenuisement de leurx revenux, les salariés burkinabè ont du mal à accepter la réalité implacable. L’appel à des journées villes mortes dans les jours à venir si les revendications ne sont pas satisfaites traduit la volonté de la Coalition nationale de lutte contre la vie chère de faire monter les enchères et d’aller jusqu’au bout de sa logique, à savoir contraindre l’autorité à lui concéder coûte que coûte des acquis.

La compréhension des grands enjeux mondiaux et nationaux actuels devraient cependant nous empêcher de mettre notre pays dans des situations délicates, susceptibles de le déstabiliser et de le fragiliser irrémédiablement. Autrement, les gouvernants seront renforcés dans leur conviction qu’ils ont en face d’eux, non pas des partenaires sociaux, mais des opposants politiques. Dans cette circonstance, la responsabilité et la prudence recommandent d’explorer des décisions et des solutions de sagesse adaptées au contexte. C’est pourquoi, au-delà des bilans triomphalistes pour les uns, et mitigés pour les autres sur l’issue de la longue grève de 72 heures, il importe de renouer le dialogue social afin que de part et d’autre, les grands équilibres financiers et macro-économiques nationaux soient expliqués, soupesés, analysés et connus par tous, afin de trouver ensemble la thérapeutique à même de faire face à la situation.

Autant nous devons désormais adapter nos modes de production et de consommation au nouveau contexte, autant, il nous faut envisager de serrer encore davantage la ceinture pour affronter une crise mondiale dont on ignore l’issue. Les travailleurs doivent veiller particulièrement à ne pas banaliser leur arme ultime qu’est la grève qui risque à la longue d’apparaître comme un cautère sur une jambe de bois, un vulgaire épouvantail, incapable de faire peur comme par le passé. Un nouveau monde, fait de sueur et de larmes, notamment pour les pays à faible économie et dépendant comme le nôtre, s’ouvre devant nous. Nous devons y faire face avec courage, opiniâtreté, ardeur au travail et avec notre génie propre, au lieu de passer le temps à nous lamenter, à nous donner en spectacle et à rechercher des boucs émissaires à charger

Par Jean-Paul KONSEIBO

Sidwaya



19/05/2008
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