Madéni Kiénou « Mon rêve, faire un jour un spectacle avec 500 percussionnistes »

Madéni Kiénou « Mon rêve, faire un jour un spectacle avec 500 percussionnistes »

Madéni Kiénou « Mon rêve, faire un jour un spectacle avec 500 percussionnistes »
Madéni Kiénou « Mon rêve, faire un jour un spectacle avec 500 percussionnistes »

L'homme maîtrise le djembé. On prend du plaisir à écouter ses solos de percussion. Mais cela aurait pu ne jamais se réaliser. Car Mamadou Kiénou alias Madéni (petit Mamadou), malgré ses origines « djéli »1, aurait pu ne jamais faire de la musique.

Madéni est un des fils de Baba Kiénou, le plus célèbre des « djéli » de la capitale. Après son admission au Brevet d'Etude du Premier Cycle (BEPC), il opte pour des études en électricité, espérant être ainsi ingénieur de son. Mais son oncle qui ne l'entendait pas de cette oreille l'inscrit en comptabilité. Après cinq pénibles mois de cours, il arrête en 1993. C'est d'ailleurs l'année de sa première sortie en Europe.
En optant pour la musique, il a aussi opté d'être toujours positif dans sa tête (ce qui est extraordinaire pour un petit Dafing 2). Il ne s'embarrasse pas de se ressasser les mauvais souvenir. Il se rappelle toujours de la période de 1993 à 1998 pendant laquelle il tombait malade à l'approche des spectacles pour se rétablir tout juste après. Cela a failli lui scier le moral. Même si sa participation aux Rencontres chorégraphiques de 1997 en Angola demeure un bon souvenir pour lui. Mais ce charmant garçon qui n'a que le combat comme leitmotiv ne se laisse pas abattre. A propos de la jalousie qui mine le milieu des arts au Burkina, Madéni pense que « chacun doit se battre pour sortir du lot. Celui qui est performant et qui fait quelque chose dei représentatif du Burkina aura toujours un promoteur ». Il trouve regrettable que certains clichés continuent de défier le temps. Un jour, une fille à qui il faisait la cour s'est entendu dire par ses parents « toi tu n'as pas pu te trouver quelqu'un si ce n'est un musicien ». Cela conforte Madéni dans sa position qui est que les musiciens doivent se battre pour se faire une image respectable.
Fan de du batteur américain Billy Cobham, il joue au djembé, tama, doundoun, batterie ...Voyant que la percussion était négligée, surtout celle burkinabé, il décide de lutter pour lui conquérir la place qu'elle mérite. Ce n'est pas chose aisée mais comme il le dit si bien : « dans la vie, avec la volonté on arrive à bout de tout ». Ce monsieur capable de taper sur le djemba une heure durant sans interruption et avec sourire à l'appui n'apprécie pas beaucoup les boites à rythme. La « programmation »3 selon lui est nuisible à la musique parce que celui qui programme ne gagne pas grand chose et l'artiste fait aussi un produit de courte durée qui s'exporte mal.
En plus des artistes burkinabè tels Abdoulaye Cissé, Georges Ouédraogo, Bil qu'il a accompagnés, il a aussi travaillé avec Ray Lema, Réné Lacaille, Sali Nyolo entre autres.
Mais son ultime rêve c'est de rétablir la percussion dans son rang. « Mon spectacle 'Opéra du djembé' avec 30 djembés c'était contre cette marginalisation. Mon plus grand rêve c'est de faire un jour un spectacle avec autour de moi 500 percussionnistes »
Il a sa propre compagnie qui travaille activement à mettre incessamment son premier album sur le marcher, pour le plus grand plaisir des mélomanes.

David Sanon


1-Gardien de la mémoire et maître de l'art oratoire dans la société mandingue.
2-Les Dafing appelés aussi Marka son des parents à plaisanterie des Bobo.
3-Musique créée dans un studio à partir d'une boîte à rythmes

GRIOT
Griot viendrait du Portugais « kirio » qui veut dire crier. Ceux qui ont donné ce nom ont pris le griot pour un crieur public. Ils se sont trompés car en Afrique de l'Ouest et spécifiquement dans le Mandé ou Mandingue, il y a une caste dont le rôle est de conserver la mémoire collective. La légende raconte que deux frères qui se seraient égarés en brousse étaient en proie à la soif et la faim. Le plus jeune ne supportant pas la souffrance de son aîné se serait entaillé la cuisse pour lui donner à manger. Ce dernier, après avoir mangé, demande l'origine de la viande qui lui avait été servie. Après les explications de son cadet, il décida de se mettre désormais à son service parce qu'il a été nourri de son sang. Le sang qui se dit « djéli » ou « djoli » en langue bambara. C'est le premier ascendant de Mamadou Kiénou dit Madéni.


25/05/2008
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