Mort en couches de Ouédraogo Rihanata : Une mort de trop

Mort en couches de Ouédraogo Rihanata : Une mort de trop

mercredi 17 septembre 2008.
 
Quel dommage ! A quoi et à qui servent vraiment nos structures de santés ? Le dimanche 17 aout 2008 ma sœur Ouedraogo Rihanata qui venait de se marier il ya à peine 11 mois s’est présentée à la maternité de Nongtaba à Ouagadougou pour un accouchement : alors s’ouvrirent les portes de son enfer qui devait la conduire de vie à trépas. Que s’est-il passé ?

Ouédraogo Rihanata parti tôt au à la maternité aux environs de 8 h s’est entendu dire que son accouchement n’est pas encore avancé, et qu’elle pourrait attendre encore longtemps afin que ça évolue ; elle serait donc allée tôt ou à temps à la maternité.

C’est enfin vers 16h que les parents seront informés qu’il faut évacuer sur le CMA du secteur 30 car l’enfant est avancé mais l’accouchement reste problématique ; les soignants ont même avancé que l’enfant ne vivait plus. Arrivée au CMA, même chose : l’enfant est mort ; ordre est donné de chercher un carton pour recueillir le mort né. A 17H 48 un enfant vivant est sorti au grand étonnement de tous. Les operateurs ont affirmé que cela relevait du « miracle ». Que la mère allait sortir d’ici là. Puis c’est le silence, le silence.

C’est 3 heures après que les opérateurs diront qu’il faut du sang car l’enfant en sortant a endommagé le ventre de sa mère et c’est ce que le docteur tente de réparer. 3 heures, c’est quand même beaucoup car on est habitué au communiqué de détresse à la recherche d’un hypothétique donneur pour sauver une vie en danger.

Alertés, les parents se rendront au centre de transfusion pour donner le sang. Surprise, les portes du centre sont fermées et il n’y a personne. C’est alors que les portables seront mis à contribution pour réunir le maximum de connaissances pour avoir le jus précieux. Il parait que désormais, il faut connaitre quelqu’un pour avoir du sang. Ce que nous avons malheureusement pu constater puisque c’est un parent de l’époux qui parviendra à alerter un technicien cette nuit-là.

Le sang est obtenu mais entre temps, Rihanata est référée à Yalgado. Le sang est servi et placé. On voit les blouses blanches de Yalgado se poser des questions ; l’hypothèse d’une autre intervention a même été posée ; pourquoi pas si c’est la seule solution salvatrice.

Au finish, rien n’y fit et Rihanata se vida de tout ce qui lui restait comme sang et rendit l’âme à 2h du matin.

Rihanata ! Si le miracle s’est produit pour ton enfant ; toi tu n’as pas eu la chance d’avoir l’ordinaire : c’est à dire accouchée naturellement et voir ton bébé grandir et répondre à l’interpellation de maman.

Direction de la santé et de la famille ; ministère de la promotion de la femme ; ministre de la santé, agents de santé de Nongtaba ; centre de transfusion ; hôpital du secteur 30 et hôpital Yalgado. A quoi a servi la présence si tôt de Rihanata dans la formation sanitaire ? A quoi ? dites-le moi. Sauf peut être à une seule raison, avoir peut être le privilège de mourir sur un lit douillet de Yalgado. Laissant parents, amis et connaissances en larmes.

Ce privilège-là Rihanata vous prie de l’éviter à plusieurs femmes qui viendront encore et encore à vous faute de moyens pour aller voir ailleurs ; ou ignorant le sort souvent tragique que les hommes en blancs leur réservent. Rihanata a essayé vainement de survivre, des mains ont œuvré à maintenir ses paupières closes à jamais, sinon pourquoi 8h au CSPS 3H avant de parler de sang au CMA, sinon pourquoi une absence de garde au centre de transfusion. Enfin pourquoi à Yalgado on n’a pas daigné revoir l’intervention pour rechercher la cause de l’hémorragie et l’arrêter. Pourquoi et pourquoi ?

A Yalgado, on s’est seulement contenté de tendre une ordonnance pour faire arrêter les saignements ! Alors que les publicités nous disent qu’en maternité on ne paie plus sauf à la sortie de l’hôpital. Quelqu’un peut-il m’aider à comprendre ?

Nous traçons ces lignes pour que le sacrifice de Rihanata serve à préserver d’autres vies. Mais surtout à adoucir les cœurs de ces blouses blanches. Rihanata, tu es morte en donnant la vie tandis que certains vivent pour donner la mort. Je me trompe, tu n’es pas morte on t’a tuée.

Ouédraogo Alidou Patte d’oie Ouagadougou



21/09/2008
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