Privatisations : Le point de vue de Mathias Liliou de la CSB

Privatisations : Le point de vue de Mathias Liliou de la CSB

lundi 28 avril 2008.
 
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Mathias LILIOU

Mathias LILIOU.jpgLe troisième rapport du conseil des ministres du 16/04/2008 était relatif au programme de privatisation des entreprises à participation de fonds publics à la date du 31 décembre 2007.

On a appris que « Les diligences mises en œuvre ont permis :

- le parachèvement du processus de liquidation du Centre national de traitement de l’information (CENATRIN), du Comptoir burkinabè des métaux précieux (CBMP), de la Société nationale de la cinématographie du Burkina (SONACIB) et du désengagement de l’Etat à hauteur de 51% du capital de l’ONATEL ;

- la poursuite de la réalisation des opérations de privatisation de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL), de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY), du Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB), du Centre de contrôle des véhicules automobiles (CCVA), de la Société d’exploitation hôtelière silmandé (SEHS) ainsi que de l’Office national des télécommunications (ONATEL) pour l’offre publique de vente de 20% des parts de l’Etat ».

Monsieur Mathias Liliou, patron de la Confédération syndicale burkinabé (CSB) et quelques étudiants ont bien voulu nous dire ce qu’ils en pensent.

Mathias Liliou (CSB) : « Vous savez que par principe nous nous sommes contre les privatisations ! Nous avons toujours dit qu’il ne faut pas privatiser pour privatiser. Dans toute privatisation, on ne peut pas systématiquement respecter toutes les recommandations des institutions de Bretton Woods, il faudrait ouvrir l’œil. Les conséquences de la vie chère, c’est l’application des programmes d’ajustement structurel qui ont démarré depuis 1991. C’est le fait même de fermer des entreprises et mettre plusieurs milliers de travailleurs dans les rues, le fait de liquider les entreprises qui pouvaient apporter un plus dans l’économie, qui ont contribué à la situation que l’on connaît aujourd’hui. Ils ont liquidé la Caisse Générale de péréquation et en même temps nous avons commencé à sentir les différentes augmentations du prix de l’essence. Il en est de même pour le riz et les autres denrées.

D’ailleurs nous ne consommions pas de la bonne qualité de riz, mais depuis un certain temps même, la mauvaise qualité de riz qu’on nous vend n’est même pas accessible, il n’y en a même plus. Le gouvernement parle aujourd’hui de magasins témoins avec des numéros de téléphone et autres et il ne s’imagine que le citoyen va aller appeler pour savoir où le commerçant se situe pour chercher son riz ? Déjà même que la vie est chère il trouve le moyen d’augmenter les dépenses. Qui ne connaissait l’emplacement d’un magasin Faso Yaar ici ? Ces magasins étaient implantés partout. Pour les liquider on nous a fait comprendre que l’Etat ne doit pas faire du commerce. A mon avis pourtant, quand on est un pays souverain, on doit assurer sa souveraineté.

Parlant de la SONABHY, on fait comprendre que la privatisation ne va concerner que la partie transport de carburant. Pour la SONABEL, nous savons tous que la lumière est source de développement ! Comment on peut se permettre de vendre sa principale source d’énergie ?

On ne peut pas privatiser la SONABEL, on ne peut pas privatiser la SONABHY ! Je crois qu’il y a lieu de faire un recul comme dans certains pays où quand on a tout privatisé, entre temps, on a été obligé de nationaliser. Depuis 2001, nous avons fait des enquêtes qui nous permettent de savoir qu’à cette date, il y avait 5180 emplois de perdus. 5180 travailleurs ont été mis dans les rues.

De toutes les manières, nous sommes contre ces privatisations. Privatiser la SONABHY, ce n’est pas comme un hôtel où des gens viennent payer des chambres pour passer une nuit.

J’ai un message à l’endroit des travailleurs de ces structures. Qu’ils se mobilisent, qu’ils partent en rangs serrés pour lutter contre ces privatisations, contre ces privatisations sauvages. Tant qu’ils ne seront pas unis, le pouvoir aura toujours raison d’eux. Ils ont intérêt à tout faire pour préserver leurs emplois ».

Traoré Aziz, Etudiant en 6ème année de Médecine : « Je pense que les privatisations ne sont pas une bonne chose dans la mesure où elles mettent les gens au chômage et où les capitaux sont laissés aux mains des étrangers qui pillent nos richesses. Et dans tous les cas, dans ces sociétés privatisées, les nationaux sont faiblement représentés. Les privatisations antérieures n’ont rien laissé de bon vu tous ces licenciements et la fermeture de plusieurs sociétés telles SAVANA… »

Traoré Abdoulaye, 4ème année de Biologie : « La privatisation est appelée pour résoudre le problème des sociétés étatiques qui n’arrivent pas à répondre aux besoins des populations. Maintenant, est-ce la bonne solution ? Au Niger, la société de distribution de l’eau a été confiée à une entreprise française et maintenant, là-bas, il y a de gros problèmes car le prix de l’eau a augmenté et la population a des difficultés pour accéder à l’eau. La privatisation doit être le dernier recours. La décision du gouvernement, chez nous, est mauvaise. Comment comprendre qu’on privatise la SONABHY et la SONABEL qui sont les secteurs-clés de l’économie burkinabé ? On est en train d’aller vers une dépendance totale. Pour un pays pauvre comme le nôtre, ce n’est pas bon ».

Nikiéma Dramane, 3ème année de Sociologie : « Les privatisations sont souvent venues pour assainir les finances publiques car l’Etat, vous le savez, on le dit : ‘c’est tout le monde’ ; donc, certains jouissent des biens de l’Etat comme d’un patrimoine privé, les véhicules de l’Etat sont mis à la disposition des maîtresses… En plus, les privatisations pallient un tant soit peu les lourdeurs administratives.

Mais ce qui est défavorable, c’est qu’on nous a imposé des privatisations sauvages avec leur cortège de problèmes : licenciements des travailleurs, bradage des entreprises étatiques… Et puis, la privatisation a été imposée de l’extérieur.

Enfin, le parachèvement des privatisations annoncé récemment témoigne de l’irresponsabilité et de l’incapacité de nos autorités à diriger la République, ce qui voudrait dire que l’Etat, qui a une vocation à garantir l’épanouissement de ses citoyens, est en train de confier cette vocation à des bailleurs étrangers. Ne sommes-nous pas dans l’ère coloniale ? Ce qui est sûr, c’est que ce que l’Etat n’a pu assurer, ce ne sont pas les privés qui le feront, car ils ne visent que la maximisation du profit. Chers lecteurs, comment un Etat sérieux ira jusqu’à privatiser les secteurs sociaux de développement tels la santé et l’éducation ? Si rien n’est fait, l’oxygène que nous respirons sera tôt ou tard privatisé ! ».

Somé Ludovic, 5ème année de Médecine : « Ce parachèvement des privatisations est un danger pour la nation car si on le fait, qu’est-ce qu’on va laisser aux générations à venir ? Rien. Alors, il faut préserver nos entreprises pour pouvoir les léguer et je pense que les privatisations ont des conséquences très négatives pour nous et les générations à venir. Il faut trouver une autre solution pour notre développement ! ».

NDLR : Les privatisations ont si mauvaise presse qu’il n’a pas été possible de trouver des intervenants qui en parlent favorablement. Cela ne nous empêchera pas de continuer nos recherches et de tenter d’obtenir plus de justifications, si possible, des autorités qui en font leur cheval de bataille.

T.N et I.S

San Finna



29/04/2008
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