Reduction du train de vie de l'Etat: Doit-on y croire?

Réduction du train de vie de l’Etat : Doit-on y croire ?

lundi 14 avril 2008.
 
Aux actions déjà connues, qui tendent à la moralisation de la vie publique et à la réduction du train de vie de l’Etat, tels le contrôle de la circulation des véhicules de l’Etat, la création d’une Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE), il faudra désormais ajouter d’autres mesures non moins capitales telles la restriction des lignes téléphoniques dans les services de l’Etat, la réduction des déplacements des ministres, l’interdiction aux véhicules 4x4 des ministres de circuler en ville, etc.

Des mesures hardies, s’il en est, qu’il faut saluer à leur juste valeur et encourager. Car, si elles étaient effectivement appliquées au pied de la lettre, ces initiatives louables seraient à même de réconforter et de rassurer le citoyen lambda qui, dans ce dur contexte de vie chère surtout, a besoin de savoir que l’argent du contribuable est géré de façon plus rationnelle. Mieux, une réduction du train de vie de l’Etat lui donnerait le sentiment que les dures réalités du quotidien qui le frappent sont, quelque part, aussi ressenties par les gouvernants, même si c’est à des degrés divers.

Dans tous les cas, les dirigeants devraient poser des actes qui rassurent les gouvernés qu’il ne s’agit pas pour ces derniers de "serrer la ceinture pour que, eux, remontent leurs bretelles". Si sacrifices il y a lieu de consentir, ceux-ci doivent se ressentir à tous les niveaux. On ne peut pas dire que le Premier ministre Tertius Zongo, depuis sa nomination, n’ait pas manifesté une réelle détermination à prendre le taureau de la malgouvernance par les cornes. Si les mesures annoncées lors du récent point de presse du gouvernement participent de sa volonté de faire bouger les lignes, il reste que celles-ci auraient davantage "pesé" dans l’esprit des Burkinabè si elles avaient été prises dans le cadre d’un Conseil des ministres. En cela, elles auraient plus gagné en retentissement et en envergure, en poids et en crédibilité.

Dans tous les cas, quelles que soient les mesures prises, le plus dur à faire reste leur application sur le terrain. L’équipe de Tertius Zongo y a tout intérêt, d’autant que le chef d’orchestre a, dès le départ, été crédité de bonnes intentions. Pour tout cela, et pour une fois que le pays veut débarrasser l’Etat burkinabè de ses vieilles scories, Tertius mesure sans aucun doute l’immensité de la tâche. Le Burkina semble à la croisée des chemins. Une situation devenue telle que le Premier ministre n’a pas droit à l’échec. L’échec est d’autant moins permis pour le chef du gouvernement que cela pourrait créer davantage une crise de confiance entre gouvernants et gouvernés, et anéantir tous les espoirs placés en lui.

Pour revenir à la difficile question de la vie chère qui, manifestement, préoccupe depuis un certain temps le gouvernement burkinabè, il ne fait aucun doute que les réponses à apporter au phénomène passent nécessairement par la prise en compte des préoccupations des syndicats. Incontestablement, ils restent des interlocuteurs incontournables. Le dialogue avec ceux-ci doit rester permanent, franc et sincère, pour ne pas donner l’impression que les partenaires sociaux se livrent à un jeu de cache-cache. En ce qui les concerne, on peut se demander quels intérêts les syndicats ont à "inventer" des réalités vécues par les travailleurs, eux qui sont, du reste, les mieux placés pour les décrire. On ne peut pas dire que les quelques points de revendications dont ils attendent satisfaction depuis des années, soient insensés et totalement impossible à satisfaire. Dans un compromis dynamique, chaque partie devrait accepter d’aller plus loin dans les concessions.

Ce n’est un secret pour personne que l’Administration burkinabè est minée par de nombreux maux. Pour une fois, l’occasion est donnée au Burkina de cadrer avec l’appellation "Pays des hommes intègres" par une forte moralisation de la vie publique à travers les actions annoncées ou en cours. Des actions auxquelles le parti au pouvoir gagnerait à apporter un soutien plein et entier, étant donné qu’on va bientôt entrer dans une année charnière, l’année 2009, l’élection présidentielle étant pour 2010.

C’est connu, la morale au Burkina a atteint un tel niveau de délitement qu’il paraît difficile de se débarrasser des vilaines habitudes. Face aux différentes mesures, certains tenteront de faire de la résistance, en travaillant à les contourner. Comme en ce moment c’est le cas pour ce qui est du contrôle de la circulation des véhicules de l’Etat. On ne sera pas étonné que l’Administration recourt à une utilisation abusive de laisser-passer et au système de banalisation de nombreux véhicules.

Le développement d’un pays ne se mesure pas seulement en termes de construction de grandes infrastructures modernes. Savoir trouver des réponses appropriées aux soucis existentiels de son peuple, cela devrait préoccuper au premier chef tout pouvoir soucieux de son image et de sa popularité. Comparaison n’est pas raison mais certains dirigeants comme ceux de la Libye et de la Tunisie l’ont si bien compris, eux qui, bien que n’étant pas des modèles de vertus démocratiques, ont toujours su répondre aux attentes sociales de leur peuple.

Dans sa croisade contre la malgouvernance, le gouvernement de Tertius Zongo semble n’avoir pas oublié un aspect essentiel : la communication. Il faut souhaiter qu’il continue dans ce sens, afin que le peuple burkinabè soit toujours informé des graves manquements que certains viendraient à poser, fussent-ils de grosses légumes. C’est par cela aussi qu’on parvient à faire avancer le combat pour l’assainissement de la vie publique. Sanctions sans distinction et informations doivent aller de paire si l’on veut donner des chances à la pédagogie de la dissuasion. Mais il n’ y a pas que cela ; l’Etat serait bien inspiré de créer une cellule d’évaluation périodique qui mesurerait l’impact des actions engagées par le gouvernement, pour la réduction du train de vie de l’Etat notamment. Autrement, trottera toujours dans la tête du citoyen cette lancinante question : doit-il vraiment croire en toutes ces mesures ? Serait-ce pas simplement pour l’effet de mode ?

"Le Pays"



15/04/2008
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