RENTREE GOUVERNEMENTALE

Ce que Blaise a dit

C'est le dimanche de Pâques, le 23 mars 2008, que le léger remaniement ministériel est intervenu au Burkina, signant le seul départ du ministre d'Etat Salif Diallo. Un Conseil des ministres extraordinaire s'est tenu le 25 mars dernier au palais présidentiel de Koulouba. La presse, curieuse de connaître les mobiles d'un tel départ, s'y est mobilisée, mais repartira sans être éclairée. Les esquives des uns et des autres ont transformé, par moments, la cour du palais en une scène de théâtre.

Le nouveau gouvernement a pris fonction le 25 mars 2008. Le conseil devait se tenir à 10 h00. La presse est mobilisée au palais de Koulouba. Elle attend de "cuisiner" certains ministres. Odile Bonkoungou de l'Enseignement de base est la première à arriver sur les lieux. Il est 9h 35. Suivra, à 9h 38 , le seul ministre d'Etat du nouveau gouvernement, Alain Yoda de la Santé . La presse ne bouge pas. Pas d'interview. Visiblement, elle attendait ceux qui occupent de nouveaux portefeuilles, le Premier ministre et le président du Faso. Certains ministres étaient visiblement pressés de descendre de leur voiture et filer tout droit dans la salle. Personne ne semblait vouloir commenter le départ de Salif Diallo. A 9h 47, arrive Laurent Sedégo qui a remplacé Salif Diallo à la tête du département de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques. Il ne fait pas de problème pour répondre aux questions. Serein, il échangera longuement avec la presse. Les langues nationales ont été également servies par le ministre Sédégo.

La toute nouvelle ministre Cécile Beloum arrive à 9h 52, dans un véhicule de marque Mercèdes, fond blanc. La presse fait mouvement vers la présidente de AMMIE (une association qu'elle dirige). Elle fait la timide, essaie d'esquiver les micros et les caméras. Elle est bloquée net par la foule de journalistes et n'avait plus d'autre choix que de parler. (voir encadré)

Le Premier ministre Tertius Zongo fit son apparition à 9h 54. "Au moins, lui, il va parler du départ de Salif", espère un confrère. Bloqué sur l'escalier, le Premier ministre ne prononcera que deux phrases :"Tout remaniement est d'une part une reconnaissance des efforts accomplis mais aussi une volonté d'aller plus en avant. Je crois que le souci d'un gouvernement est beaucoup plus un souci de collégialité, un souci d'investir dans le long terme". Peine perdue ! Tertius n'en dira pas plus. La presse attendait de jeter son dévolu sur le porte-parole du gouvernement, Filippe Savadogo. Le voilà qui arrive au pas de course à 10h 01, comme s'il s'échauffait pour les prochains Jeux Olympiques. Bloqué par la presse, le ministre en charge de la Culture n'attend pas qu'on lui pose de questions. Il se met à parler de la Semaine nationale de la culture : "Vraiment la SNC se passe bien. Je viens de Bobo comme cela, vraiment je vous remercie pour le soutien." Le ministre Filippe est arrêté par un confrère : "Monsieur le ministre, on ne vous parle pas de la SNC, mais du remaniement". Subitement devenu malentendant, Filippe Savadogo, imperturbable, poursuit : "Vraiment, merci pour le soutien. La SNC se passe bien." Et hop ! Il se défait de la presse et rejoint la salle, laissant les journalistes, fous de rire. Filippe a réussi son coup, il a évité la question qu'il connaissait bien.

C'est juste après cette scène de théâtre que le ministre des Sports, Jean-Pierre Palm, arrive. Une question lui est posée : "L'entraîneur des Etalons dit qu'on va parler de lui dans 10 ans. Votre commentaire ?" Et le gendarme de répondre : "Il faut construire sur le long terme. Un entraîneur, c'est son rôle . Il a dit pour 10 ans. il faut attendre et j'espère que dans 10 ans il ne sera pas là." Eclats de rire !



Même arrivé en retard (10h 02), Salifou Sawadogo, le tout nouveau ministre de l'Environnement et du Cadre de vie, est resté stoïque pour répondre aux questions (voir encadré).

C'est sur le coup de 10h 05 que le président du Faso descendit de voiture. Sa sécurité fit des muscles pour bloquer la presse au risque même de piétiner le patron. L'aide de camp, Boureima Kéré, tire l'agent de sécurité par le bras comme pour lui dire de laisser la presse faire son travail. Blaise Compaoré avance, face à la presse. Ce dernier ne tarit d'éloges pour son ancien ministre d'Etat, Salif Diallo.

Et contre toute attente, toute la presse est conviée dans la salle. Chose inhabituelle qui a fait hésiter certains confrères. La poignée de journalistes qui n'était pas encore sortie entre donc dans la salle du Conseil des ministres. Le président du Faso, faisant le tour pour saluer ses ministres, arrive devant la nouvelle ministre Cécile Beloum et s'exclame : "Ah bon ?" Eclats de rires de Mme Beloum qui prendra place entre les ministres Vincent Dabilgou et Minata Samaté. La presse est priée de ressortir. Mais elle aura remarqué qu'un seul ministre manquait à l'appel : Djibrill Bassolé des Affaires étrangères.

Peu après, la traditionnelle photo de famille . Elle est équilibrée: Blaise, Tertius et Yoda entourés à droite comme à gauche par trois dames. Cécile Beloum est venue agrandir le cercle de l'autre moitié du ciel.

Alexandre Le Grand ROUAMBA

Le Pays du 26 mars 2008

ENCADRE

Ce que Blaise Compaoré a dit

Blaise Compaoré, chef de l'Etat

"Nous devons reconnaître les mérites de Salif Diallo"

Le réaménagement de gouvernement procède toujours d'une volonté de donner plus de cohérence à une équipe pour l'action, de lui donner plus de motivation. Ce remaniement s'inscrit donc dans ce cadre. Bien sûr, comme toujours il faut saluer l'action de ceux qui quittent le gouvernement, en l'occurrence le ministre d'Etat Salif Diallo. Nous devons reconnaître les mérites de son action à la tête des différents départements ministériels qu'il a dirigés. Je pense qu'il a encore l'ambition de continuer à agir pour les objectifs que nous nous sommes fixés dans ce quinquennat. On ne peut que saluer ce qu'il a apporté sur le plan personnel dans la force de la collectivité gouvernementale.

A vous entendre, ce n'est pas une sanction. Quel sera son point de chute ?

Cela ne vous concerne pas. (Rire général)

* Cécile Beloum, nouveau ministre chargé des Relations avec le Parlement
"Je suis émue"


J'ai plusieurs sentiments. Le premier est l'émotion. Je suis émue au regard de la surprise avec laquelle j'ai reçu l'information. Je suis émue vu la grandeur de la mission et de la confiance placée en moi. Je suis aussi émue pour ce grand devoir qui m'attend. Après l'émotion, il y a le sentiment de gratitude à l'endroit de Son Excellence le président du Faso, Son Excellence le Premier ministre et à l'endroit de toutes les personnes qui ont donné un quelconque avis pour motiver cette décision. J'ai aussi un grand sentiment de confiance en Dieu pour son grand amour pour moi et pour l'accompagnement que j'ai eu jusqu'à présent. J'ai un sentiment de confiance en l'orientation et au soutien de mes supérieurs, des autres ministres et à la franche collaboration avec le personnel du ministère chargé des Relations avec le Parlement.

* Salifou Sawadogo, nouveau ministre de l'Environnement et du Cadre de vie
"J'arrive dans un milieu qui ne m'est pas étranger"

J'ai un sentiment de fierté. Je mesure l'immensité de la mission à moi confiée; je m'efforcerai de la réussir avec l'appui de mes collaborateurs dont, du reste, je connais certains pour avoir moi-même fréquenté l'Institut supérieur polytechnique devenu plus tard l'Institut du développement rural. J'estime que j'arrive dans un milieu qui ne m'est pas pratiquement étranger. Je profite de l'opportunité qui m'est offerte pour exprimer une fois de plus ma gratitude au président du Faso, au Premier ministre pour cette confiance à moi accordée.

Que comptez-vous apporter de nouveau au grand département de l'Environnement ?


Les questions environnementales touchent à tout. Pour l'essentiel, je m'efforcerai de créer les ressources naturelles qu'il faut, de veiller à leur utilisation rationnelle.

Cette nomination est-elle une promotion pour vous ?

C'est à vous d'en juger. J'estime personnellement que c'est un poste de responsabilité. Quel que soit le niveau, c'est un appel pour un devoir auquel il faut répondre. Je ne le situe pas en termes de promotion ou non, je le prends comme une part de responsabilité importante que les plus hautes autorités du pays m'ont confiée.

Propos recueillis par Séni DABO et Alexandre Le Grand ROUAMBA



26/03/2008
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